Le prix Brantôme

6 novembre 2016 | Les chroniques

de g.à d. Josette Lespinasse, présidente des Amis de Brantôme, J.G, Anne Marie Cocula, présidente du jury, la représentante des éditions Fayard, Michel del Castillo étant empêché

de g.à d. Josette Lespinasse, présidente des Amis de Brantôme, J.G, Anne Marie Cocula, présidente du jury, la représentante des éditions Fayard, Michel del Castillo étant empêché

Le prix Brantôme, que les habitués de ce site connaissent bien, vient de fêter son dixième anniversaire. Cette année, au menu, les biographies d’ Ernest Renan, Charles X, Robespierre et Goya. C’est le peintre espagnol qui l’a emporté d’une courte tête devant Ernest Renan. Il faut dire que Michel del Castillo, auteur de cet ouvrage a su parfaitement replacer Francisco Goya dans l’ Espagne troublée de la fin du XVIII et du début du XIX siècle, dans le style impeccable qu’on lui connait. Ame tourmentée entre un désir de réussite mondaine et le désir d’exprimer de façon terrible ses fantasmes et la réalité sociale effroyable de l’époque, le peintre a connu une existence déchirée dans cette Espagne martyrisée par Napoléon, Espagne qui essaya vainement de s’inspirer des idées révolutionnaires avant de retomber sous la tyrannie de Philippe VII . Goya finira par fuir son pays pour trouver refuge à Bordeaux où il finira ses jours.

Petite nouveauté, madame la Présidente, Anne Marie Cocula a pour la première fois confié à un membre du jury, devinez lequel, la tâche de faire la présentation de l’ouvrage lors de la remis du prix. Sans doute avait-elle été intriguée par la passion que j’avais mise à défendre cette biographie.

Je me permets de joindre, pour ceux qui en auront le courage le texte que j’ai donc lu ce jour là.

 


Je crois que je dois tout d’abord remercier Madame la Présidente de m’avoir confié l’honneur du petit discours d’introduction à la remise du prix Brantôme à la biographie de Goya par Michel de Castillo. Je crois que lors des débats, elle a compris que je portais à ce peintre une affection particulière au grand dam d’ Ernest Renan qui saura j’en suis sûr prendre un jour sa revanche…Permettez moi d’introduire quelques éléments de ma propre biographie dans celle du grand artiste…Ma relation avec Goya remonte à mes plus lointains souvenirs : présence dans le salon familial d’un autoportrait du peintre, une copie, hélas, donnée à mes parents par un peintre juif caché pendant les année sombres de l’après-guerre, et ce visage rond, au regard sombre a veillé sur nous pendant longtemps, jusqu’à ce que un déménagement le prive de sa place d’honneur. Et aurais je la prétention de dire comme Cioran que je suis né dans la bibliothèque de mon père? Toujours est-il qu’un grand livre blanc à la couverture ornée d’une figure grimaçante et tordue et des quatre grandes lettres GOYA que je savais déjà déchiffrer a longtemps nourri ma curiosité et ma fascination : corps difformes, sourires édentés, yeux dilatés par la souffrance ou la peur… Ce n’est que bien plus tard, à l’occasion de voyages en Espagne et de visites du Prado que j’ai pu faire connaissance avec les autres manières du peintre: décors religieux superbes, mais souvent conventionnels, peintures populaires, cartons de tapisserie, portraits.Mais c’est en lisant la biographie de Goya par Michel de Castillo que j’ai compris à travers les épisodes d’une vie tourmentée par la recherche du succés et de l’argent, les amours contrariées, la maladie, la double personnalité du peintre. A côté du peintre d’église, de l’académicien, s’est réveillé l’autre Goya, celui qui savait visiter, peindre et graver les ténébres, que les sorcières, les monstres et l’enfer n’effrayaient pas, tellement proches de la réalité d’une Espagne terrifiante, si méschamment caricaturée dans les « Caprichos ». Il ne faut pas s’étonner que seul au XIX° siècle, Baudelaire ait reconnu en Goya un frère en noirceur qui aurait si bien pu illustrer « le revenant » ou « la métamorphose du vampire ». Ce sombre génie s’exprimera encore après les années de guerre où les gravures renverront dos à dos les atrocités commises par les français et les espagnols. Bien sûr, les aquitains ou nouveaux aquitains que nous sommes ne peuvent passer sous silence les dernières années de Goya dans ce Bordeaux, déjà ville espagnole, ou il trouvera refuge loin de sa famille, mais près des amis qui comme lui auront fui le régime autoritaire de Ferdinand VII. Ce seront encore gravures et lithographies, les taureaux de Bordeaux et quelques portraits, dont l’ultime « laitière ». Goya, mêlé durant sa vie à la fois aux grands d’Espagne et à la misère d’un peuple abandonné, aura mené et exprimé dans son oeuvre cette existence double si bien décrite par Michel de Castillo.

Et puis je me suis souvenu, que, il y a quelques années, dans une nouvelle écrite à la demande d’amis catalans, j’avais à ma façon rendu hommage au peintre en glissant un de mes personnages dans un de ses plus fameux tableaux, que vous reconnaîtrez sûrement. J’ai obtenu de Madame la Présidente l’autorisation de vous en livrer la version originale dans un occitan aux sonorités proches de celles du castillan, qui rassurez vous, sera suivie de sa traduction française…

 

Un ancien soldat périgourdin qui a fait la guerre d’Espagne sous Napoléon, rempile avec un camarade sous Louis XVIII pour tenter d’affermir le trône de Ferdinand qu’ils avaient contribué à renverser quelques années avant…

 

E veiqui perque, som quí tots dos, coma vint mile autres e set mile cavaliers, jos las mans dau mareschau Moncey. Quo es pus las aglas imperialas que nos flotejen dessus, las flors de leri, fau se’n contentar.  I a quauques jorns, una partida de l’armada, jos las mans dau generau Michenet a passat la montanha e s’es enfonçat en país enemic. Quo es a nautres de passar lo Pertuis. Los sergents z’an dich que a miegjorn l’armada anava far movement sus una vila que s’apela la Jonquiera. Io quante era en Espanha, quo era pas de queu costat que avem combatut. Marchas, contremarchas, Navara, Castilha, Burgòs, Valladòlid, lo freg, la comassa, Madrid. A ! Madrid… Nos lor portavam un rei tot nuòu, frair de l’Emperor, demai en part de lor babòia de Ferdinand e de son Gòdòy e veiqui que n’eran pas contents. Me sovene de queu començament de mai, ente la revòlta abrandet la vila e sen prenguet a los que eran per lo Rei Josep. Quo era sens comptar sus Murat e sa cavalariá que te’n fagueren una brava tuariá, e nautres los fantassins agueren nonmas chabar lo trabalh. Ne’n avem fusilhat pas mau, de quilhs gusards. Fau ben dire que quo era daus cranes goiats que avián pas paur de la mòrt. La nuech era tombada, dins los barris de Madrid. A nòstra drecha, l’ombra d’un cluchier e quauquas maisons, per terra  una bela lampa donava ‘na lum rossa pro podenta per esclairar quatre òmes, un monge   benesissiá los cadabres sanguinós de dos fusilhats de fresche,io, garde subretot l’eimatge d’un grand galhard daus piaus cresputs, de genuelhs, que semblava tirar sus se tota la lumiera, chamisa blancha e culòtas rossas, que, au moment que avem fait fuòc a levat los dos braç au ceu en credar quauquaren ente era question d’ Espanha. A nòstra drecha, un pitit grope que vesiam pas tròp unlava de rauja e de dolor e venguet se foitar sus los còrps nonmas tombats. Los laisserem purar lors mòrts. Aviam d’autre monde a fusilhar.  

 

Et voilà pourquoi, nous sommes là, tous deux, avec vingt mille autres et sept mille cavaliers, sous les ordres du maréchal Moncey. Ce ne sont plus les aigles impériales qui flottent au dessus de nous, les fleurs de lys, il faut s’en contenter… Il ya quelques jours, une partie de l’armée, sous les ordres du général Michenet, a passé la montagne et s’est enfoncée en pays ennemi. Maintenant c’est à nous de passer le Pertuis. C’est les sergents qui l’ont dit, qu’à midi, l’armée allait faire mouvement sur une ville qui s’appelle la Jonquière. Moi, quand j’étais en Espagne, ce n’était pas de ce côté que nous avons combattu. Marches, contremarches, Navarre, Castille, Burgos, Valladolid, le froid, la canicule, Madrid. Ah ! Madrid ! On leur apportait un roi tout neuf, frère de l’ Empereur, à la place de leur fantoche de Ferdinand e de son Godoy, e voilà qu’ils n’étaient pas contents. Je me souviens de ce commencement de mai, où la révolte embrasa la ville et s’en prit à ceux qui étaient pour le Roi Joseph. C’était sans compter sur Murat et sa cavalerie qui en firent un beau massacre, e nous les fantassins nous n’avons eu qu’à terminer le travail. Nous en avons fusillé pas mal de ces gueux. Il faut bien dire que c’était de rudes gaillards qui n’avaient pas peur de la mort. La nuit était tombée, dans les faubourgs de Madrid. A notre droite, l’ombre d’un clocher et quelques maisons, par terra una granda lampe donnait une lumière jaune assez puissante pour éclairer quatre hommes, un moine bénissait les cadavres sanglants de deux fusillés de frais, moi, je garde surtout l’image d’un grand gaillard aux cheveux crépus, à genoux, qui semblait attirer sur lui toute la lumière, chemise blanche et culottes jaunes, qui, au moment où nous avons fait feu a levé les deux bras au ciel en criant quelque chose où il était question d’ Espagne. A notre droite, un petit groupe que nous ne voyions pas trop, hurlait de rage et de douleur et est venu se jeter sur les corps qui venaient de tomber. On les a laissé pleurer leurs morts. On en avait d’autres à fusiller.

A propos

Jean Ganiayre, Conseiller Général du Canton de Brantôme,

Président de la 3°Commission (Sociale),

Président du Bureau de la Commission Locale d’ Insertion du Nontronnais.

Membre de la Commission des Droits à l’Autonomie des Personnes Handicapées,

Membre du Conseil d’ Administration de l’Agence Culturelle Départementale,

Membre du C.A. du Conservatoire à Rayonnement Départemental (Ancienne Ecole de Musique),

Membre du C.A. de Ciné-Passion.

Et ce n’est pas tout !

Président du G.A.L. Leader du Périgord Vert (fonds européens),

Vice-Président du Pays Périgord Vert.

Et…

Délégué à la Langue et Culture occitanes,

Délégué aux affaires médicales,

Membre de la Commission Préfectorale Nature, sites et Paysages.

Je crois que c’est tout. (et puis bien sur, membre des Conseils d’ Administration des trois établissements médico-sociaux du canton : Maisons de retraite de Brantôme et Bourdeille, Foyer d’Accueil La Prada à Bourdeille).

 

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